Les Açores, on aime !

On l’a déjà dit, on le redit et le répète à qui veut l’entendre, nous aimons les îles des Açores. Et nous ne sommes pas les seuls à les aimer. Les Açoriens aiment les Açores, c’est normal évidemment. Les gens de passages, touristes ou voyageurs aiment les Açores. Les navigateurs aiment les Açores.

Qu’il y-a-t-il donc de si fantastique ici ?

A  écouter les impressions des uns et des autres ce qui revient en premier n’est pas la liste  des plus beaux sites, un souvenir gastronomique, une météo idyllique, tout ce qui fait des vacances-voyages réussis, mais un sentiment de bien-être ; « On se sent bien ici ! », « c’est cool ! », « quel pays reposant ! ». Des mots simples pour exprimer une alchimie complexe.

Sans rejeter ce qui nous a séduit dans notre balade antillaise il faut bien admettre que rien n’est plus interchangeable qu’une plage ‘paradisiaque_sable-blanc_et_cocotiers’, qu’on peut se lasser de l’exotisme superficiel et bruyant de l’apéro ‘reggae_ty-punch’, qu’on ne se souviendra sans doute pas  de tous les couchers de soleil inoubliables sur les mers turquoises. Les Açores nous proposent autre chose, plus en nuances, plus en profondeur.

Débarquant après la traversée sur l’île de Flores, on va se dégourdir les jambes dans le village de Lajes , les rues sont calmes, à peine entend-t-on quelques sons provenant des fenêtres ouvertes, les maisons sont bien entretenues, blanches avec l’entourage des ouvertures soulignées d’une couleur, l’ensemble est harmonieux. Pas un papier au sol ne vient troubler la vue, encore moins un tag. Chaque habitant croisé nous souhaite une bonne journée, plus tard, nous remarquerons que les conducteurs se saluent toujours aussi et laisse la clé sur le contact. Ici, un antivol est un objet incongru. A la terrasse du café, si musique il y a, elle reste en sourdine, on va commander son expresso  au bar, on paie,  maintenant ou plus tard, çà n’a pas d’importance, à la fin, on rapporte sa tasse au comptoir. Et c’est cette plénitude, cette douceur de vivre, cette sensation d’état de grâce, qui font des Açores un archipel où « on se sent bien » dès la fin de notre première promenade.

En arrivant il y a l’émerveillement, la beauté et le caractère marqué de chaque île. Toutes sont volcaniques, donc apparemment semblables mais elles ont leur propre histoire géologique et humaine. Nos yeux se régalent des points de vue mêlant cratères et mer, grotte et orgue de basalte, falaise et « fajas », fin bandeau de terre entre falaise et mer où la vie et l’activité humaine se sont accrochées. Les formes tantôt  rondes et lisses, tantôt vives et acérées sont soulignées par un jeu de couleurs simple et contrasté : le noir des pierres et du sable, le vert des vignes et des forêts, le bleu des hortensias et de la mer. Les hommes y ont ajouté le blanc des maisons souligné de quelques encadrements colorés. La lumière changeante des ciels de l’Atlantique se charge de faire varier à l’infini les nuances

.

En prenant pied sur la côte puis tout au long des sentiers c’est un assemblage pêle-mêle d’odeurs qui nous surprendra. Nous y reconnaitrons dans ces mélanges les senteurs de menthe, d’eucalyptus, de jasmin, de réglisse, de fenouil, d’immortelle, de thym, de chèvrefeuille et comme pour mieux accentuer cette douceur sucrée, quelques fortes odeurs de soufre aux abords des fumeroles.

Car l’activité volcanique est bien présente. Les cratères et coulées de lave façonnent toujours le décor. Ici une île s’est agrandie de quelques hectares et un nouveau paysage lunaire s’est accolé aux pentes vertes, là la carte marine signale qu’une colonne sous-marine de plus de mille mètres de haut affleure presque et que la géographie est susceptible de changer au gré des irruptions. Ailleurs le sol est chaud, bouillant et fumant, et sert de four pour le pot-au-feu familial.

Nos pieds et nos mains sont en contact direct avec cette géologie turbulente et rugueuse. Nous ressentons physiquement les chaos successifs qui ont façonné les paysages. Les pierres de lave irrégulières, légères et aigues côtoient les sections hexagonales des énormes poussées de basalte, les failles sont franches et profondes comme des crevasses de glacier. Le sable du bord de côte est noir, les falaises vertigineuses. Il faut remercier la ténacité des açoriens qui depuis les premiers colons du XVème et jusqu’à aujourd’hui adoucissent ce tableau en développant l’agriculture. Les pierres ont été ratissées et mise en murets qui quadrillent la campagne, les pentes abruptes ont été réorganisées en terrasses, des chemins ont été tracés, des villages agrémentent les collines, de minuscules ports donnent accès à la mer.

Cet aigre-doux de sensations se confirme dans les sonorités açoriennes. Il y a le silence reposant des campagnes, le calme des rues, les carillons bastringues des églises (et les chants folkloriques nasillards) mais aussi le ronflement de la mer, le sifflement du vent. Et puis, il y a les cris des puffins argentés, ces oiseaux de mer qui le soir reviennent à la falaise et s’interpellent bruyamment sur un ton de crécerelle.

Tous nos sens sont sollicités par ce mélange des genres, contradictoires sans jamais être dans l’excès, et nous ressentons cet équilibre reposant propre aux Açores.

Nous ne pourrions nous sentir si bien si nous n’étions pas bien accueillis par les açoriens. Il n’y a aucune ambiguïté, nous sommes les bienvenus. Le sourire est permanent, l’attention est réelle, la politesse une évidence. L’accueil dans les ports et dans la rue est sincère, chacun a le désir de nous rendre le séjour agréable et facile. Margarita annulera son projet de l’après-midi pour nous faire visiter son île en voiture, Luis et Carolina nous feront visiter leur maison typique, Paolo nous invitera pour un diner parce que de ses fenêtres on verra mieux le spectacle des vachettes dans la rue. Les « Clube Navale » invitent avec plaisir qui veut participer aux régates d’été.

Partout, de Flores où nous sommes arrivés après notre traversée depuis les Bermudes à Santa Maria d’où nous repartons pour Madère nous aurons le même accueil, la même invitation à rester, et nous avons mis le pied sur chacune des 9 îles de l’archipel.

CORVO

Flores et Corvo, les petites îles du nord-ouest sont plus isolées, le climat y est plus rude, plus humide, plus venté. Ce sont les îles aux versants verts, aux cascades généreuses et aux nuages gris. La houle du large n’épargne aucun recoin de la côte et les pêcheurs loin d’être agacés de notre présence à leur quai nous apprennent des techniques d’amarrage qui nous serviront dans bien des endroits.

Les îles centrales rivalisent d’arguments pour nous retenir :

Graciosa, seule île à ne pas encore avoir de port de plaisance, compense cette difficulté d’accès par la gentillesse sans faille de ses habitants.

Faial et son port mythique d’Horta, le grand rendez-vous des marins.

Pico, qui culmine à 2350 mètres et joue avec les nuages. Quelle satisfaction, depuis les îles voisines de voir le volcan en entier.

Sao Jorge, posée sur l’eau comme un long paquebot, encerclée par les falaises, surmontée par une chaîne de volcans.

Terceira et la très belle ville d’Angra do Heroismo

Il n’y a qu’à Sao Miguel, la plus grande et celle réputée dans les guides comme la plus belle que nous resterons moins longtemps que prévu. Son charme s’est à notre goût trop élimé à se frotter à la promotion touristique.

Santa Maria plus au sud nous offre une merveilleuse dernière escale aux Açores.

L’archipel des Açores n’est pas qu’une succession d’escales, c’est aussi le grand carrefour de l’Atlantique nord. Quelques plaisanciers d’Europe ou de méditerranée viennent y passer l’été, tous les bateaux revenants des Caraïbes et d’Amérique du nord s’y arrêtent. Nous y retrouvons de nombreux équipages croisés durant cette année qui finissent la boucle de l’atlantique, c’est un lieu de retrouvailles et d’adieux. Chaque retour vers le continent se fête dignement autour des barbecues, les largages d’amarres sont chargés d’émotions car pour beaucoup, c’est la fin d’une histoire, d’un défi, d’un rêve devenant souvenir.

Chacun reprendra une route vers de nouveaux projets. Beaucoup rentrent pour poursuivre ou reprendre une vie professionnelle, souvent motivés pour préparer un nouveau voyage. Quelques- uns sont happés et restent ici pour tenter une nouvelle vie, pourquoi pas s’y installer car il y a ceux qui ont fait le pas, il y a déjà quelques années et racontent. Ceux-là perpétuent l’histoire de l’immigration aux Açores. Et il y a les bienheureux comme nous, plus rares, qui continuons la route toujours plus au sud…

3 commentaires sur “Les Açores, on aime !

  1. Quand on s’arrête aux Acores, on en tombe systématiquement …. amoureux… et on y revient. Je vois que pour vous, cette fonction a aussi fonctionné. A très bientôt à Piriac ? ! Si j’ai bien compris…….

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