Virée en Nouvelle Zélande

Le bonheur en bateau tient souvent à peu de chose, autant dire que tout dépend de la météo.

De la Nouvelle Calédonie nous irons en Nouvelle Zélande, c’est décidé, nous partirons après les fêtes de fin d’année. Oui, mais, nous sommes au milieu de la saison cyclonique et ici comme ailleurs il ne faut pas trop rigoler avec les risques de conditions difficiles même pour une traversé courte d’une semaine. Prudents nous suivons de près les prévisions météo depuis bientôt un mois, rien de bon en vue, vents inexistants ou forts et contraires, tempêtes tropicales erratiques, tout sauf des conditions acceptables à défaut d’être de rêve ; nous envisageons un plan B en avion.

Mais les dictons bretons ont du sens et le fameux « qui trop écoute la météo reste au bistro » nous est revenu à l’esprit, alors faisant fi des avis alarmistes et des bons conseils nous partons un dimanche de janvier entre deux méchantes dépressions, une devant qui vient vers nous et une derrière qui nous suit, nous aurons juste le temps d’arriver avant que la souricière ne se referme.

Grand bien nous a pris, ce fut une de nos plus belles navigations du Pacifique, mer souple, vent régulier parfait en force et en direction, le bateau allait vite, l’équipage avait le sourire, nous sommes arrivés en Nouvelle Zélande sur l’île du nord dans la belle Baie des Iles, vraiment très belle mais nous ne le saurons que plus tard car il fait nuit noire. Une dizaine d’heures de repos et le mauvais temps est arrivé, Il fallait que tout se passe bien.

Ciel bas, vents forts, pluies intenses, dégâts importants dans les terres, bien à l’abri nous avons attendu quelques jours avant de pouvoir découvrir notre nouveau terrain de jeux, la fameuse Baie des Îles.

Un petit paradis pour les amoureux de la mer de la voile et du cabotage. Une myriade d’îles dans une baie bien protégée, les néo-zélandais ne s’y sont pas trompés, depuis les années 60 ils viennent y passer leurs weekends et leurs vacances. Ici se côtoient  à peu près tous les styles de bateaux, de la belle plaisance classique voile ou moteur, du pêcheur, du familial, du régatier, du matuvu, du hors norme. Dans nos voyages il y a peu d’endroits où nous avons pu croiser autant de plaisanciers passionnés, de bateaux bichonnés, de voiles hissées le jour, de bateaux ancrés au mouillage le soir. Il y a toujours une anse protégée quelque soit le vent, les iliens ont installé des bouées, aménagé des cales de carénage et construit des yacht-clubs cosys. L’ambiance est totalement maritime dans un décor incroyable de falaises, de criques, de pentes herbeuses, de pointes rocheuses ; Belle-Île aux antipodes.

Nos premiers contacts avec les Néo Zélandais ? Et bien ils sont proches de leurs cousins de Grande Bretagne, même langue, mêmes goûts culinaires, même politesse empressée, même façon de rouler du mauvais côté de la route ; les tâches de rousseur irlandaises, les accents rugueux gallois ou écossais, l’imprévisibilité anglaise. Il est possible de les appeler « Kiwi » ce n’est pas une insulte, plutôt une fierté, ce qui dénote d’une sérieuse dose d’humour et d’autodérision quand on voit à quoi ressemble la bestiole du même nom.

Le Kiwi (pas la bête bas du front et le cul en l’air, l’autre) n’aime ni les surprises ni les changements d’habitude, nous nous en apercevons rapidement. Tout fait l’objet d’une procédure, même les choses les plus simples comme commander un café par exemple, procédure qu’il faut suivre à la lettre même si le contexte, personne dans le bar, la rend inutile ou apparemment ridicule sous peine d’enrayer la sérénité de la vie néo-zélandaise. Une petite erreur de protocole de notre part sera rapidement et discrètement corrigée, les conversations reprendront leur froufrou, la terre sa rotation, ouf nous sommes sauvés.

Moyennant la condition de ne pas être inventif dans les façons de faire, la vie NZ nous apparait particulièrement apaisée et fluide. Le climat tempéré, les paysages somptueux, la faible densité de population doivent certainement y participer.

Et les Maoris ?

Dans cet ambiance de vacances et de yachting ils sont peu visibles et semblent être très minoritaires, est ce réellement surprenant ? Il est trop tôt pour nous de se faire une idée.

Nous ne naviguerons que quelques jours le long de la côte, nous pourrions y rester des semaines, des baies profondes, des groupes d’îles, des rivières maritimes, il y a tant à avoir, mais nous voulons visiter l’intérieur montagneux de l’Île du Sud et avons choisi d’adopter le road-trip en van, mode de vacances très prisé ici.

Le passage par Auckland est incontournable. Cette grande métropole qui concentre les deux tiers de la population du pays est ultra-cosmopolite, 40% des aucklandais ne sont pas nés en Nouvelle Zélande, la tendance asiatique est très marquée.

Et les Maoris ? Toujours pas vus !

Le musée maritime d’Auckland nous rappelle qu’ils sont une branche du peuple polynésien et bien qu’ils soient arrivés par la mer ils se sont écartés de la vie maritime, est ce une raison suffisante pour que nous ne les voyons pas ?

Non ce n’est pas possible, nous n’avons pas pu ne pas croiser 20% de la population, c’est notre regard qui doit s’ajuster.

Sans doute avions nous des idées trop préconçues, trop influencées par les presque 2 ans que nous venons de vivre dans le pacifique.

En Polynésie nous étions chez les polynésiens, c’est leur pays cela ne fait aucun doute, musiques, cultures et populations polynésiennes sont prédominantes.

La Nouvelle Calédonie se cherche, on ne peut pas encore parler de pays unifié, les fractures sociales sont  évidentes, les différences visibles, par les traits physiques mélanésiens qui sont plus marquées, par les choix vestimentaires (tenue d’été à l’européenne pour les unes, robe missionnaire pour les autres), par les clivages encore bien marqués. Être Calédonien est un concept en devenir.

La Nouvelle Zélande se présente comme un pays post colonial mature qui aurait trouvé sa propre identité dans laquelle une bonne part des maoris se serait fondue. Bien que fortement occidentalisée, la Nouvelle Zélande a une volonté affichée de faire une place à la culture maorie, les noms de lieux, les indications, les textes explicatifs sont systématiquement écrits en anglais et en maori, Les galeries d’art et les musées font une large place à la création, l’histoire et la tradition maori. On peut y voir une expression d’apaisement, de repenti ou d’hypocrisie selon sa propre sensibilité. Cette impression n’engage que notre ressenti et pourrait être sujet à discussions avec les kiwis si seulement nous avions réussi à décrypter leur fort accent antipodiste.

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