Puerto Williams, Storneway, Bluff
Pourquoi sommes-nous tous les deux toujours attirés par ces ports du bout du monde ?
Ces coins reculés ne sont pourtant pas dans les standards des lieux « à ne pas manquer » mais nos goûts littéraires tressent unfil qui nous y entraine. Francisco Coloane pour la Patagonie, Peter May pour les Hébrides en Ecosse et David Fauquemberg pour le sud néozélandais.
Petit promontoire relié à la grande terre par un long isthme, Bluff, port le plus austral de la Nouvelle Zélande ne demande qu’à se détacher et prendre le large vers l’Antarctique. Ses premiers entrepôts se remplissaient d’huile de baleine, puis de laine de moutons. Aujourd’hui les huitres de Bluff seraient « les meilleures du monde » ???

Amarrés aux vieux pontons de bois, caseyeurs et chalutiers se balancent, plus loin les grues dessinent des mosaïques de containers sur les ponts des cargos, les vraquiers vont et viennent vers l’usine de productions d’aluminium et tout au fond de la baie reposent quelques coques dans la douceur de la vase quand la mer de Tasmanie est devenue trop rude pour leurs vieilles membrures.

Bien rangées comme des navires à quai les petites maisons de bois s’alignent de part et d’autre du pub « Eagles », aussi vieux que la cité, témoin de tous les récits de pêches, bonnes ou mauvaises. Les façades portent les stigmates des espoirs de pêches miraculeuses tantôt comblés, tantôt déçus
Alors, quand nous déambulons entre les quais et les entrepôts, poussons nos pas jusqu’au phare de Stirling point, regardons les vagues déferler sur les hauts fonds, évaluons la force du courant à la route « en crabe » des coquilliers revenant au port, suivons le vol des oiseaux marins, devinons la silhouette montagneuse de Stewart Ilsland, léchons nos doigts huileux de fish and chips, apprécions la mousse de la Steinlager, comment ne pas se laisser imprégner par l’atmosphère de « Bluff », titre du roman de David Fauquemberg. C’est beaucoup plus émouvant que d’aller voir le film d’un livre qui a plu.
Il n’y a pas que les fortunes et infortunes de mer dont les murs du pub se souviennent, il y a aussi celles de marcheurs qui fêtent ici la fin du Te Araroa qu’ils ont fièrement bouclé. Te Araroa est une randonnée devenue mythique qui relie Cape Reinga, à la pointe nord de la Nouvelle Zélande à Bluff, pointe sud. 3000 kilomètres passant par tous les sommets, il faut entre 4 et 6 mois pour la parcourir. Ces jeunes (ils le sont plus que nous) cachés sous leur lourd sac à dos forcent respect et admiration. Quelle expérience exceptionnelle !
Beaucoup plus modestement, nous avons cheminé sur quelques portions de cette longue route. L’île du sud est tellement spacieuse et peu peuplée qu’il suffit de s’élever au sommet de colline pour embrasser une immensité sans trace de construction qui pourrait déranger le regard. Nos pas nous ont emmenés sur de longues plages désertes où le vent tisse des plaids de sable pour couvrir les lions de mer. Nous avons gravi quelques monts, tourné autour de lacs, approché des glaciers, nous nous sommes enfoncés dans un fjord et toujours nous gardons le plaisir de la découverte sans qu’il ne s’amenuise, la conscience de la beauté du monde et le bonheur de pouvoir vivre ces moments.
Nous nous étonnons encore d’être arrivés là, à l’autre bout du monde, sur nos 12 mètres de coque en plastique, incroyable non ?
Quelle chance, il reste encore de nombreux écrivains à découvrir pour nous faire voyager encore un peu plus loin.




















quel bonheur de vous lire à chaque fois…nous voyageons grâce à vous et vos récits magnifiques et plein de poésie
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