Souvent avons-nous tenté de vous faire partager la beauté des paysages que nous croisons, la description juste, agréable, sans être un peu pénible ou pompeuse à lire est un art que nous ne possédons pas. Et puis comment rivaliser avec celle de Tahiti par Pierre Loti dans « Le Mariage de Loti », ou celle de la vallée de « Taïpi » par Melville ou encore celle de Raïatea dans « Les Immémoriaux » de Victor Segalen ? Total respect et profil bas.
Quant à ce qui se passe sous l’eau, entre la multitude de poissons et de coraux différents, cela ressemblerait à un chapelet de « magnifique », « incroyable » « époustouflant », « coloré »…de quoi vite se lasser. Pour la patate de MakogaÏ, nous allons laisser l’œil du photographe parler.




Makogaï est un îlot suffisamment isolé pour avoir servi de léproserie pendant des décennies. Aujourd’hui, il n’en reste que quelques ruines, des tombes perdues sous la végétation et sept familles qui vivent de l’élevage de bénitiers. Le bénitier n’est pas seulement réservé aux grenouilles, sa chair prisée est servie dans les meilleurs restaurants. Nous sommes arrivés dans cette jolie petite baie avec Dandelion, le catamaran de Beth et John, des amis sud africains qui ne comptent plus les miles et les mers parcourus en dix ans. Puis un mini yacht de croisière s’est ancré près de nous, il cabote entre les meilleurs sites de plongée avec à son bord 18 passagers passionnés. Leur circuit le fait passer deux fois par mois à Makogaï où ils ont leurs habitudes. Le village leur prépare une cérémonie d’accueil traditionnelle, le sevusevu, avec échange de cadeaux et partage du Kava suivis de danses. Nous avons eu la chance d’être là le bon jour et d’y être conviés. D’accord, de loin çà ressemble fort à un truc pour touristes mais pour les villageois, c’était une vraie fête. La prestation des jeunes danseurs était parfois plus proche du spectacle de fin d’année d’école que d’une chorégraphie professionnelle mais le plaisir qu’ils avaient nous entrainait dans leurs sourires et fous rires. L’évocation de cette soirée nous fera longtemps chaud au cœur.

Le lendemain, sur les conseils de John, nous sommes allés explorer la patate. Qu’est-ce ? Non pas un tubercule mais familièrement une formation de corail. Quand elles sont invisibles au fond de l’eau, nous les redoutons en navigation mais aussi au mouillage car si la chaine de l’ancre se bloque autour nous pouvons passer des heures pour s’en libérer et se considérer heureux si l’on s’en dégage sans rien abimer. Cette patate là est à fleur d’eau, elle fait à peine cent mètres carré sur cinq mètres de profondeur mais c’est de loin le plus fantastique spectacle sous marin qu’il nous a été donné de voir depuis notre arrivée dans le Pacifique. Nous n’avons pas l’équipement pour la photo sous-marine mais grâce à John et à ses belles images, nous pouvons vous faire partager la poésie de la patate.













