Panamarina

Les marinas

Si nous aimons plus que tout jeter l’ancre dans un joli paysage, quasi désert, bien abrité du vent et de la houle,  de temps en temps nous devons rejoindre une marina. On s’y arrête après une longue navigation, pour refaire un plein d’eau, une lessive, faire tamponner nos passeports. Le plus souvent, elles s’apparentent à des parkings à bateaux, rien de vraiment romantique. Et pourtant, nous apprécions  toujours d’y tourner les amarres aux taquets.

Après un premier contact à la VHF avec la capitainerie qui nous ramène à la civilisation et nous signifie que nous ne sommes plus seuls au monde, nous ressentons la satisfaction d’être arrivés  «  à bon port ». C’est aussi l’espoir d’une bonne nuit sur une couchette qui aura cessé de vouloir jouer les trampolines et la promesse d’une vraie douche. Sitôt débarqués, nous prenons plaisir à faire de longues enjambées sur les pontons, guettons l’arrivée des signes du tangage de terre, cette douce sensation d’ébriété terrienne ressentie après quelques jours de mer. Puis nous faisons le tour des quais à la recherche de voiliers connus et aussi pour admirer les «  beaux » bateaux. (Qu’est-ce un beau bateau ? Cela pourrait faire l’objet de discussions parfaitement objectives et non consensuelles !)

Une marina recommandable abrite forcément un troquet assez chaleureux pour que les marins s’y détendent et content leurs histoires de mer. Pour peu que la bière rafraîchisse bien leurs gosiers et que le rhum réchauffent leurs âmes, alors les légendes germent, éclosent, se gonflent comme  spis et voguent de bar en bar sur les océans.

Il y a les grandes marinas, comme celle du Marin en Martinique qui peut accueillir plus de 1200 bateaux, on y trouve tous les métiers de la mer, c’est l’endroit idéal pour faire une escale technique aux Antilles.

Il y a les marinas mythiques comme celle d’Horta sur l’île de Faïal aux Açores, arrêt incontournable de retour de transat, qui a vu tous les plus grands marins du monde arpenter son quai.

Il y a de toutes petites marinas qui reçoivent une poignée d’embarcations, comme celles des Hébrides en Ecosse où chaque île a aménagé un bout de ponton et où l’on dépose son dû dans une « honesty box ».

Et puis il y a Panamarina.

Mal cartographiée, invisible depuis la mer, il faut être initié pour y accéder et faire confiance à ceux qui nous l’ont recommandée car cette côte est jalonnée d’épaves couchées au fond des baies. On  repère la marina aux mâts qui dépassent derrière la mangrove, l’entrée est signalée par trois petites perches qui émergent de la houle. La passe est étroite, on s’approche prudemment, un œil sur les récifs de part et d’autre de la coque, l’autre sur le sondeur qui annonce vingt centimètres d’eau sous la quille et les fesses bien serrées. Puis les fonds redescendent, la mer devient lac, on a réussi, on y est.

Caché dans la végétation, ce joli petit lagon est bien abrité, l’eau y est claire. Derrière nous, le bruit des vagues qui roulent sur les coraux couvre à peine le chant des oiseaux et les cris des singes hurleurs. La belle ballade du coin n’est pas sur un chemin de montagne mais emprunte un fantastique tunnel dans la mangrove.

Sylvie et Jean Paul nous accueillent « chez eux ». Cette marina, c’est toute leur vie. Ils sont arrivés dans ce coin de terre perdu entre la mer et la montagne il y a une vingtaine d’année. Ils ont réalisé un travail de titan : défricher la mangrove, stabiliser un grand terrain pour stocker des bateaux à sec et construire des bâtiments. On y laisse son bateau pour une pause dans le voyage ou pour le mettre en chantier car loin de tout, on y trouve de tout. Voilier, gréeur, mécanicien, stratifieur, petite quincaillerie maritime…

Dans la journée, l’ambiance est laborieuse, l’entraide fréquente, les conseils recherchés. Jean Paul laisse libre accès une partie de son atelier. Le chapeau enfoncé sur les oreilles, la moustache gauloise au vent, on le voit pédaler d’un bout à l’autre de la marina, vérifier que tout va bien sur le terre-plein. Sylvie, derrière son bureau, n’a pas son pareil pour trouver une solution à tout problème, d’ailleurs elle est consul honoraire de France. Tous les deux ont un vrai sens du service, un état d’esprit que l’on ne rencontre pas si souvent.

Quand le soir tombe, que les corps ont bien transpiré sous les coques, Tous se retrouvent au bar restaurant. La bière, bien fraîche, est savourée comme le meilleur moment de la journée. Les boules de pétanques sortent des étuis, des tournois internationaux s’organisent. Jean Paul recrute des musiciens parmi les marins car le samedi soir, dans un container aménagé en scène, derrière sa batterie, il fait le bœuf avec eux.

A Panamarina, nous sommes bien loin du parking à bateaux, c’est plutôt camping chez l’habitant. Après quelques jours, on fait déjà parti de la famille, plus qu’une marina, c’est une tribu que Sylvie et Jean Paul ont créé et font perdurer.

Les marinas jalonnent notre voyage, nous n’y faisons que de courtes escales mais celle-ci est tellement « hors norme » que l’on pourrait être tenté d’y arrêter le voyage. C’est là son plus gros défaut.

Promenade dans la mangrove – Le Tunnel des Amoureux

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