C’est une petite île de rien du tout : 10 km de long, 6 de large en tirant bien sur le décamètre, 441 mètres de haut pour dominer 4 minuscules îlots et une poignée de motus. Nous voici sur Rikitea, principale île du plus petit archipel de la Polynésie, celui des Gambier, tellement petit qu’il n’y a même pas de « s » à Les Gambier.


Cela fait 6 semaines que nous sommes arrivés sur ce confetti, une avarie nous y immobilise. Nous avons évité les orques croqueuses de safran de la côte espagnole mais pas un OFNI entre Panama et ici. Le choc n’a pas été violent mais la blessure sur le safran est bel et bien là, la stratification est à refaire. Le sortir à flot pour évaluer les dégâts et envisager une réparation, faire venir les matériaux de Tahiti, effectuer les travaux, respecter les temps de séchage, attendre un jour de grand calme pour le remettre en place, voilà qui occupe un agenda pour plusieurs semaines.
Justement, ici nous vivons avec une absence totale de précipitation. Tandis qu’aux Marquises le temps s’immobilise, aux Gambier, le temps vient se reposer.

L’urgence se règle les mardis ou samedis avec air Tahiti. Pour l’ordinaire c’est trois semaines, soit une rotation du Taporo, le bateau de ravitaillement qui rythme les périodes aussi bien qu’une nouvelle lune, quant au long terme il dépasse l’imagination et l’immédiat n’existe tout simplement pas. Ici, attendre n’est pas un sujet de palabre, l’attente est dans tout mais l’impatience n’est pas de mise. La patience n’est pas spécialement une qualité, c’est un état de fait, à se demander si elle n’est pas dans les gênes. Ce n’est pas non plus de l’indolence ni de la nonchalance, c’est la vie. Quand nous interrogeons nos souvenirs, ce temps aujourd’hui révolu chez nous n’est pourtant pas si lointain, si peu de générations pour que le « tout de suite » devienne la règle.
Alors que faisons-nous depuis tout ce temps sur cette petite île de rien du tout ? Rien du tout ?
Pas grand-chose certes mais nous le faisons avec bonheur et c’est déjà beaucoup. Puisque l’échelle du temps s’étire, nous aussi tirons sur l’élastique. C’est notre immense privilège de voyageurs nous en sommes conscients et le savourons à chaque instant. Le temps perdu n’existe pas, c’est un dogme occidental que notre passé de colonisateurs a répandu. Petit à petit nous nous en libérons. Nous ne cherchons pas à remplir les journées mais additionnons les petits riens qui viennent garnir la clepsydre. Oisifs heureux, nos divagations sur l’art de ne rien faire pourraient sembler incongrues aux adolescents désœuvrés de l’archipel, ce qui pour nous est plaisir philosophique est pour eux ennui et morne réalité.



Entre l’éloge de la lenteur et le maintien d’une belle dynamique, nous devons garder l’équilibre car nous n’en sommes qu’à notre premier lagon et tout nous encourage à continuer le voyage, la Polynésie nous tient pour encore un bon moment. Trainer aux Gambier nous convient bien, pour ceux qui ont écumé les rayons des bibliothèques maritimes nous sommes effectivement dans le mythe. Et ce n’est pas fini, les prochaines escales seront dans les Australes, Rivavae et Tubuai, puis Tahiti, ensuite direction Les Marquises, Hiva Oa, Hatutaa,Tahuata, quelques mouillages aux Tuamotu, Tikehau, Fakarava. Ces îles parsèment les mers du sud, leurs noms s’égrainent comme un long poème, sentent la vanille, l’aventure et l’envie de se laisser porter par nos rêves.

Mais patience, patience, nous vous le conterons petit à petit.




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bravo pour cet ecrit philosophique sur le temps différent selon l’endroit où l’on se trouve sur cette planète,ça fait du bien .profitez autant de cet espace temps et du beau temps.bizh
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Merci pour ces nouvelles de votre petit paradis polynésien qui sent la douceur de vivre jusqu’ici grâce à vos talents d’écriture.
Ici, l’été s’installe après un bon périple dans les Pyrénées où nous nous sommes trouvés bien en forme pour faire quelques belles randonnées. La suite est plus familiale et bretonne.
Tous nos voeux de belle continuation avec votre grande Lulu.
On vous embrasse bien fort Isabelle et Olivier
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Vous écrivez très bien pour nous décrire joliment la vie dans les iles lointaines
A bientôt,nous attendons patiemment de vos nouvelles
MJ et PA
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Bonjour Hervé !
Bravo pour votre voyage et les articles si évocateurs…
Juste te dire que Lulu la Nantaise (Safar aujourd’hui) part dans une semaine pour un tour de l’Atlantique… une première pour moi mais je crois qu’elle connaît la route, non? 😊
Bon vent a vous!
Mark
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merci, merci encore pour vos quelques lignes de pur bonheur.
bon courage pour la réparation.
bises de Piriac avec toujours du froid et de la pluie au mois de juillet
Yannick
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